Rencontres autour du film sur l’art

Projections et Table ronde/ Vendredi 1er avril à 19h et samedi 2 avril à 17h

Aux arts citoyens 3 © Cinétévé 2012

Aux arts citoyens 3 © Cinétévé 2012

SensoProjekt est heureuse d’annoncer sa première édition des « Rencontres autour du film sur l’art » au Centre Wallonie Bruxelles-Paris. Durant le week-end se succèderont des projections et des rencontres avec des acteurs du monde de l’art contemporain et des réalisateurs invités. Trois focus sur trois collections particulières:

– la collection d’art minimal et conceptuel du collectionneur belge Herman Daled, acquise par le MoMA

– la collection du couple de collectionneurs français Jean-Philippe et Françoise Billarant, et le Silo, l’espace dédié à la présentation de la collection

– la collection du collectionneur Antoine de Galbert et fondateur de La maison rouge à Paris, à travers l’exposition « Le mur » regroupant plus de 1000 œuvres de sa collection.

 

Programme des Rencontres

Vendredi 1er avril à 19 heures

La collection qui n’existait pas de Joachim Olender, en sa présence (1h33) / Projection suivie d’une discussion avec le réalisateur.

 Samedi 2 avril à 17 heures Projections et table ronde

Jean-Philippe et Françoise Billarant, un couple de collectionneurs de Daniel Schick, en sa présence (12 min)

Rendez-vous chez les artistes : Kaspar König et Niele Toroni de Corinna Belz (15 min)

Table ronde : « Le film sur l’art à propos des collections et des collectionneurs », avec la participation des collectionneurs Jean-Philippe et Françoise Billarant, et des cinéastes Joachim Olender, Marie Mandy et Alyssa Verbizh, animée par Isabelle de Visscher-Lemaître (historienne de l’art et vice-présidente de SensoProjekt).

Samedi 2 avril à 19 heures

Voyage dans ma collection, Antoine de Galbert par Alyssa Verbizh, en sa présence (52 min) /Projection suivie d’une discussion avec la réalisatrice.

 

Le programme de ces Rencontres se composera de films documentaires très variés, en format, en mode de production et en style. Il portera spécifiquement sur un ensemble de trois collections d’art contemporain récentes, en France et en Belgique, toutes trois s’étant rendues publiques suivant des modes très différents et selon des histoires distinctes. Ce qui nous importe de soulever est d’une part la manière de rendre compte d’une vaste collection d’art, de montrer les œuvres et la personnalité qui les a rassemblées et ce à quoi mène idéalement cet incroyable engagement du collectionneur que l’on pourrait résumer en trois mots : Posséder, Conserver, Transmettre.

Selon toute vraisemblance, au vu des « démonstrations » réalisées par Joachim Olender au sujet de la collection du belge Herman Daled, de Daniel Schick et Corinna Belz s’étant respectivement penchés sur la collection de Françoise et Jean-Philippe Billarant et d’un de leurs artistes en particulier, et d’Alyssa Verbizh à propos de la collection d’Antoine de Galbert, il ressort que l’issue désirée à la compilation (passionnée ou obsessionnelle) de ces ensembles soit de montrer et communiquer, perpétrer et sauver de l’oubli, et ce, dans les meilleures conditions.

Par ailleurs, nous verrons en quoi le film documentaire peut se suppléer en partie au maillon manquant entre l’art contemporain et un public d’amateurs qui s’ignorent mutuellement.

Nous remercions le Centre Wallonie-Bruxelles Paris de l’accueil qu’il nous réserve et de la confiance qu’il a accordée à SensoProjekt dans ce projet.

 

A PROPOS DES FILMS des Rencontres « Collections et Collectionneurs »

La collection qui n’existait pas réalisé par Joachim Olender, Man’s Films, RTBF, CBA, Le Fresnoy, avec l’aide du CCA, Belgique/France, 2014 – 1h33 (distribution : CBA).

La collection qui n’existait pas © Man’s Films, Le Fresnoy, 2014

La collection qui n’existait pas © Man’s Films, Le Fresnoy, 2014

La collection qui n’existait pas est un long métrage qui présente le collectionneur belge Herman Daled dont une partie de la collection a été récemment acquise par le MoMA. Ce film restitue par bribes et morceaux le parcours du collectionneur depuis les années 1970, et sa visite de l’exposition Quand les attitudes deviennent formes (Bern, 1969) en particulier, ainsi que sa rencontre essentielle avec Marcel Broodthaers. De ses dires, H. Daled considère avant tout avoir eu la chance d’arriver à la croisée des chemins avec cette production d’art minimal et conceptuel exceptionnelle et d’avoir pu «surfé sur la vague» au bon moment. Car cet art est venu à lui au fur et à mesure de rencontres et de soirées informelles. «Simplement, j’ai été disponible, dit-il. C’est là tout mon mérite.» Le collectionneur effacé et connu pour n’avoir jamais rien accroché de ses œuvres dans son lieu de vie, accepte de se révéler quelque peu. D’autres qui le connaissent comme Daniel Buren, Jacques Charlier, Chris Dercon et Dirk Snauwaert entrent en conversation avec lui de sorte que les faits prennent du relief. Une série d’images fixes situent la collection en elle-même. Certaines archives reprises à la TV flamande évoquent les événements du passé – avec Lawrence Wiener, Gilbert & George, etc. Ce film chapitré et dense d’informations, parfois allusives mais pas moins rares, relate une page importante de l’art contemporain n’ayant captivé en son temps qu’une poignée de gens, dont ce collectionneur au profil peu banal. Tandis que cette production artistique exceptionnelle, appartenant encore au cycle des avant-gardes, entre au musée et «fait» histoire.

Note quant au sujet du film :

La collection Daled à Bruxelles, s’élevait à environ 800 œuvres d’art dont un tiers fait partie des collections du MoMA depuis 2011. A savoir depuis l’exposition à la Haus der Kunst à Munich en 2010, d’un ensemble de pièces allant de 1966 à 1978. C’est la première fois qu’elles étaient montrées aussi extensivement. A sa visite, Christophe Cherix, conservateur en chef de la section dessins et images imprimées au MoMA, exprime immédiatement son enthousiasme, et l’intérêt capital de voir entrer ces œuvres dans les collections du musée. Glenn D. Lowry, son directeur, expliquera par la suite : «La collection Daled est une des acquisitions les plus importantes de l’histoire du musée, elle remplit des manques de nos collections et approfondit considérablement d’autres parties de celles-ci.» Parmi les artistes collectionnés, l’on retient entre autres : Marcel Broodthaers (80 œuvres), des œuvres historiques de Daniel Buren, Niele Toroni, On Kawara, Dan Graham, James Lee Byars, Sol LeWitt, Vito Acconci, Ian Wilson, Lawrence Wiener, Hanne Darboven … Au sein des travaux de ces artistes, apparaît un certain nombre d’œuvres sur papier dont l’on peut discuter la validité en tant qu’œuvre d’art ou document. L’institution muséale elle-même tergiverse, nous dit Herman Daled. C’est inhérent à cet art conceptuel qui visait amplement à la dématérialisation. L’important, c’est qu’il y ait ces œuvres ainsi que ces archives qui se donnent à voir et rendent compte de démarches esthétiques aussi radicales – dont Daled était solidaire politiquement.

Ce film dont on pourrait penser qu’il s’adresse aux «initiés» livre suffisamment d’anecdotes pour s’entende dire au sortir d’une projection : «ça donne envie de revoir une exposition d’art conceptuel» ! Il comporte tant de témoignages, de rencontres et de moments humains – racontés par Herman et Nicole Daled-Vestraeten notamment – qu’on ne peut qu’être sensible ou sensibilisé. S’il nécessite quelque introduction, l’on peut encore citer le fameux Musée Wiertz à Bruxelles, qui comme le Musée Gustave Moreau à Paris, consiste en la demeure et atelier de l’artiste Antoine Wiertz, peintre et sculpteur romantique belge qui a voulu expressément édifié son atelier en musée, établissant cette convention avec l’état belge avant sa mort. Cet artiste-philosophe à l’œuvre monumentale, et fervent défenseur de la démocratie comme de la pédagogie, inspire en effet Marcel Broodthaers dans sa conception du Musée d’art moderne – Département des aigles. Le programme critique de ce dernier (que l’on a pu revoir à la Monnaie de Paris à l’été 2015) que Broodthaers réalisa en divers lieux, de Bruxelles (dans son appartement, rue de la pépinière) à Düsseldorf (à la Kunsthalle), et à différents moments, entre 1968 et 1972, comportait tantôt des cartes postales d’œuvres d’art, tantôt des images d’aigles de toute provenance nous éclairant quant à la nuance qu’il peut y avoir entre la fiction et la réalité – celle de l’œuvre comme celle de l’institution !

Au sujet de J-L Godard, il est fait mention dans ce documentaire, du film qu’il réalise avec Anne-Marie Mieville suite à une commande du MoMA. The Old Place (2000, 49 min) qu’apporte Chris Dercon à Herman Daled et qu’ils visionnent ensemble, permet à Dercon à son tour, d’engager la discussion entre ce qui est légende, et ce qui est réalité. Et d’amener le collectionneur à considérer que grâce à son entrée au musée, sa collection est devenue «réelle» car elle se confronte au temps, de même que Godard dans son film, parle de l’art comme d’une conquête du temps. Au final, si ce film soulève autant de questions qu’il donne de réponses, c’est plutôt une qualité !

A propos du réalisateur, Joachim Olender :

Joachim Olender (1980, B) a étudié le droit et le cinéma à l’Université Libre de Bruxelles et s’intéresse aux récits troués. Il voyage entre le cinéma, la mise en scène et l’écriture, préoccupé par la fabrication et la reconstitution d’une archive fictionnelle. Récemment, il a présenté les premiers fragments d’une archive virtuelle du massacre d’UTØYA au Centre Pompidou (d’abord réalisé en performance multimédia dans le cadre du Festival Hors Pistes). Actuellement, il achève un remake en 3D de Film de Beckett ainsi que son prochain film Le Chêne de Goethe sur l’image impossible. Il poursuit aussi sa thèse entre Paris 8 et Le Fresnoy.


 

Le Silo à Marine dans le Val d’Oise extrait de la série AUX ARTS CITOYENS III, documentaire écrit et réalisé par Daniel Schick, Cinétévé (Fabienne Servan Schreiber et Laurence Miller) avec la participation de France Télévisions, musique originale de Pascal Auberson, avril 2012 – 12 min.

Aux arts citoyens 3 © Cinétévé 2012

Aux arts citoyens 3 © Cinétévé 2012

Le Silo à Marine dans le Val d’Oise est un ancien silo à grain transformé en lieu d’exposition par Jean-Philippe et Françoise Billarant, couple de collectionneurs renommés dont l’intérêt s’est concentré sur l’art minimal et conceptuel. L’artiste Daniel Buren (invité du Grand Palais dans le cadre de Monumenta 2012, lors du tournage de ce petit film) et les propriétaires présentent ce lieu insolite et privé mais ouvert au public (sur demande). Catherine Lukas, voisine du bâtiment et Yves Guillaume, fils du dernier directeur de ce grenier à grains, à l’architecture symétrique et sobre, dévoilent à leur tour les œuvres qui les touchent ou les déroutent.

Ce court documentaire ludique et joyeux esquisse la taille de l’entreprise menée par les collectionneurs et donne le ton à la fois humain et attentif de leur initiative. Il s’insère dans une suite parcourant d’autres lieux (Centre historique minier de Lewarde, Musée des Beaux-arts de Caen et le Musée Paul Valéry de Sète) – dont nous extrayons ici, ce seul moment concernant le Silo.

Note quant au sujet du film :

Le Silo, cet ancien lieu de stockage de blé et d’orge construit dans les années 1960 est acquis et transformé par Jean-Philippe et Françoise Billarant en 2009 afin d’y présenter leur collection personnelle d’art contemporain. Situé à environ 60 km de Paris (au Nord de Paris dans le Vexin), il abrite désormais leurs œuvres d’art minimal et conceptuel. Le couple de collectionneurs, à la recherche d’un lieu où conserver et présenter publiquement leur collection, trouve là le bâtiment idéal. Ils le font réaménager par le jeune architecte, Xavier Prédine-Hug, en lui conservant son ossature originale. A ce jour, ils en sont à leur 3ème accrochage de sorte qu’à terme, toutes les œuvres soient montrées, en rotation, et que les visiteurs puissent les apprécier dans les meilleures conditions. Cette initiative est assez unique en son genre sur le territoire français. Les Billarant ne cachent pas avoir pour modèle, l’entreprise bien connue aux USA du DIA Art Foundation, collection et soutien à la création initialement lancés par la famille de Menil à la fin des années 1940, et aujourd’hui principalement localisée à Beacon (Hudson River) dans une ancienne fabrique d’impression sur tissu.

Les artistes collectionnés par J-P et F. Billarant, tous rencontrés et suivis par eux, sont au nombre d’une cinquantaine, dont je cite: Robert Barry, François Morellet, Michel Verjux, Gottfried Honegger, Lawrence Wiener, Carl Andre, Véronique Joumard, Richard Serra, Donald Judd, Stanley Brown, Philippe Decrauzat, Cécile Bart, Bertrand Lavier, Gunther Umberg, Claude Rutault, Felice Varini, Sol LeWitt, Stanley Brown, Fred Sandback, Peter Downsbrough, On Kawara, Richard Serra, Krijn de Kooning, Charles Sandison, Niele Toroni, Michel Parmentier, Joseph Kosuth, Les readymade appartiennent à tout le monde, Angela Detanico & Rafael Lain, Balthasar Burkhard, Alan Charlton, John McCracken, Ernest T., Dan Flavin, André Morin, Jan Kämmerling, Cela Floyer, Ian Wilson, Claire Morel, Marc Blondeau …

A propos du réalisateur, Daniel Schick :

Daniel Schick (1959, F) est animateur de radio, interviewer et réalisateur français. Il commence une activité professionnelle à RFI alors qu’il étudie encore le droit. Puis, sur France Musique, puis sur France Inter où il devient producteur et animateur jusqu’en 1996. Enfin, sur Europe 1 où il anime un magazine quotidien d’informations. Parallèlement à ses activités radio, Daniel Schick exerce son talent à la télévision dont Maman va adorer sur TF1, Culture et dépendances sur France 3 etc. Plus récemment, entre 2010, et 2013 Daniel Schick, imagine les films Aux arts citoyens dans lesquels des «arts-moureux anonymes» font découvrir des musées inattendus intimement liés au territoire où ils sont implantés. Ensuite, c’est Courbet et Rodin qui retiendront son attention. En ce moment, il tourne un nouveau film, histoires de baisers dans l’art et histoires intimes de baisers.


 

Rendez-vous chez les artistes avec Kaspar König : Niele Toroni, extrait de la série documentaire STUDIOTALKS WITH KASPER KONIG réalisée par Corinna Belz, ARTE, Allemagne – France, janvier 2016 – 15 min., VO stf.

Rendez-vous chez les artistes : Kaspar König et Niele Toroni © Bildersturm 2016–ARTE

Rendez-vous chez les artistes : Kaspar König et Niele Toroni © Bildersturm 2016–ARTE

Rendez-vous chez les artistes avec Kaspar König : Niele Toroni présente la visite très informelle du commissaire d’exposition allemand Kasper König à l’artiste italien, basé à Paris depuis 1959, Niele Toroni. La rencontre, ou plutôt les retrouvailles, se déroulent à l’atelier-appartement de l’artiste. L’échange est impromptu, et en cela, sensible, instructif et accessible. Entrecoupé d’images d’archives, ce court documentaire relate de précieuses réflexions spontanées de personnalités compétentes et enthousiastes, grâce à quoi l’on saisit la portée de l’œuvre plastique des «empreintes», leur variété malgré la répétition et la qualité de ce travail de peinture singulier. Une série d’images sont aussi tournées au Silo où sont accrochées plusieurs œuvres de Toroni (très tôt acquises par les Billarant), et en sa présence.

Ce documentaire se compose à l’origine de deux parties, la seconde présentant la rencontre entre Kasper König et Sophie Calle – non montrée, notre objectif ici visant à étendre notre compréhension de la collection des Billarant. Il entame aussi une série qu’ARTE a confiée à Corinna Belz, réalisatrice notamment du remarquable long film Gerhard Richter Painting (2011).

Note quant au sujet du film :

A propos de Niele Toroni et de son œuvre, SensoProjekt tient à communiquer que l’artiste est présenté en ce moment à la Galerie Marianne Goodman à Paris et ce, jusqu’au 16 avril 2016.

A propos de la réalisatrice, Corinna Belz:

Corinna Belz (All) a étudié la philosophie, l’histoire de l’art et des média à Cologne et à Berlin. Elle a réalisé de nombreux documentaires dont Life after Microsoft et Les vitraux de la Cathédrale de Cologne et dernièrement le long métrage passé en salle de cinéma, Gerhard Richter Painting (2011). Elle a depuis lors reçu une commande d’ARTE pour réaliser une série portant sur différents artistes auxquels le commissaire d’exposition, ex-professeur à la Städelschule de Francfort, et fondateur de l’espace Portikus, Kasper König rend visite.


 

Voyage dans ma collection, Antoine de Galbert réalisé par Alyssa Verbizh, Terra-Luna Films, avec la participation de Cinaps TV, Vosges Télévisions et le CNC, France, 2014 – 52 min.

Voyage dans ma collection, Antoine de Galbert © Terra Luna Films 2014

Voyage dans ma collection, Antoine de Galbert © Terra Luna Films 2014

Voyage dans ma collection, Antoine de Galbert est un moyen métrage tourné à l’occasion de l’exposition du même nom, qui montrait une collection, celle d’Antoine de Galbert, à La maison rouge durant l’été 2014. Filmer un large pan de la collection de Galbert, telle qu’il l’expose lors du 10ème anniversaire de sa Fondation, était le programme du tournage rendant compte du montage de l’exposition, et en amont, du décrochage des œuvres venant des lieux privés d’habitation du collectionneur, ce qui permet d’en raconter l’histoire «intime». Surtout il importait de restituer le parti pris intransigeant qu’avait adopté Antoine de Galbert d’exposer tout ce qu’il possède «qui s’accroche au mur» (de peinture ou de bidimensionnel, à quelques exceptions près) côte à côte sur 200 mètres linéaire, sans tenir compte des styles, des époques, des techniques. A la place, il est fait usage d’un logiciel ayant enregistré les tailles et les numéros d’inventaires des œuvres à partir de quoi les pièces sont ordonnées selon ce qu’on pourrait appeler une «organisation établie». L’informaticien à l’ouvrage est interviewé. Le film nous documente ainsi sur cette règle aléatoire et originale qui a été prise, et nous montre du fait même, au travers d’un prisme organisé, l’ampleur de cette vaste collection à première vue, très hétérogène tant elle couvre une cartographie importante, des périodes étendues et des styles variés. Que l’ordre qui prévaut a priori à cette collection soit fondamentalement celui que lui a donné le collectionneur au gré de ses rencontres et de ses achats, c’est un fait. Mais que celui-ci soit neutralisé au bénéfice de faire parler les œuvres à chacun(e) par elles-mêmes et selon une approche personnelle (hormis les valeurs et les courants artistiques), c’est sans doute pour partie le vœu du collectionneur, et pour autre partie, l’accomplissement du film qui donne un appréciable recul à cet ensemble de 1.200 œuvres d’art soumises à l’arbitraire – ou à l’envers du processus de hasard.

Note quant au sujet du film :

Cette collection, Antoine de Galbert l’entame dès son jeune âge. Après avoir mené une activité professionnelle dans le monde industriel et tenu une galerie à Grenoble, il s’investit corps et âme dans un projet de longue haleine, celui de créer une fondation à Paris qui se consacre à montrer l’art moderne et contemporain sous toutes ses formes, art brut compris, et émanant en particulier de collections privées. La maison rouge ouvre ses portes en 2004 avec une première exposition dont il est co-commissaire avec Paula Aisemberg, son administratrice et Gérard Wajcman, le psychanalyste et auteur du livre Collection (éd. Noos, 1999). Elle montrera la reconstitution de différentes pièces d’habitation privée d’une série de collectionneurs avec leurs œuvres. A cette occasion et assez discrètement, c’est son corridor d’entrée que montre de Galbert. L’on y voit une photo de Bernd & Hilla Becher, un collage de K. Schwitters, … Ceci reflète déjà en soi la multiplicité des choix faits selon l’univers mental de ce collectionneur curieux, mélancolique sans doute, et insatiable, qui achète beaucoup d’artistes inconnus. L’on peut tout de même citer, parmi les quelques 2.000 pièces sans doute, toutes techniques confondues qui composent l’ensemble (en évolution), la présence de Jan Fabre, Hans Bellmer, Gilbert & George, Ed. Muybridge, Christian Boltanski, Paola Pivi, François Morellet, l’indienne Hena Upadyay, le jeune Marcel Dzama, les photos d’Arnulf Rainer, Dieter Appelt, Natacha Lesueur, Luc Delahaye, Eric Corne, Erwin Wurm, Henry Darger, ainsi que de nombreuses coiffes africaines ou océaniennes. Pas de Buren par contre, dit de Galbert en souriant. Néanmoins, la liste est longue et infinie. Ouverte sur le monde et centrée sur la qualité visuelle immédiate de l’objet, la collection est sensible, foncièrement anti-spéculatrice, et parfois curieusement iconoclaste.

A propos de la réalisatrice, Alyssa Verbizh :

Alyssa Verbizh (1978, Aut) a fait des études de lettres, d’allemand et de cinéma. Elle est auteure de nouvelles et d’histoires pour enfant, et réalisatrice de documentaires. En 2002, avec sa sœur Myrha, elles ont réalisé Bouroullec et Bouroullec, un film documentaire diffusé sur France 2 et France 5. Elle poursuivra par la réalisation de courts portraits d’artistes commandés par Suzanne Pagé (Musée d’art moderne de la ville de Paris), mais aussi la Fondation Vuitton et le MacVal. Elle participe à l’émission L’art et la manière lancée par ARTE en 2005 – avec des documentaires sur Mona Hatoum, Vincent Lamouroux, Thomas Hirschhorn, Adel Abidin notamment. L’on retient aussi son premier film à propos de La maison rouge, Le collectionneur derrière la porte tourné en 2004.

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