Le regard politique de John Berger

 Un jour je téléphone au réalisateur Pierre Oscar Lévy.

Après avoir réalisé La grotte Chauvet, devant la porte où sont interrogés les scientifiques à leur retour de première visite, il estima nécessaire de recueillir enfin la parole de « quelqu’un qui parle d’émotion ». Le nom de John Berger s’imposa, et à force d’arguments il l’imposa. Je suis tellement content de savoir que c’est — si justement — John Berger qui fait le voyage vers l’intérieur pour nous.

La première descente du poète se fit sans image, puisque Levy n’avait pas encore l’autorisation de filmer dans la grotte.

John Berger recueillit ses impressions au dictaphone. Écoutant par la suite l’enregistrement, Lévy et Berger s’aperçurent que la voix parlait plus lentement que d’usage. Du silence est-il venu trouer la parole ? Des photons de mémoire ou les eidola de nos rêves se sont-ils engouffrés dans cette bouche bée ?

Le film Dans le silence de la grotte Chauvet (2002) s’achève avec la sortie de l’antre. John Berger met en marche, devant Pierre Oscar Lévy filmant, son dictaphone. Ralentie, la voix gravée nous révèle ce secret ramené des fonds : « Il y a de nombreuses sortes d’obscurités – chacune d’elles a son propre silence – il y a de nombreuses sortes de silences et peut-être qu’ici – en bas – tu te trouves – je me trouve – dans une espèce d’encyclopédie des silences ».

Thank you Mr. Berger.

Patrick Beurard-Valdoye