Titre : Les sept saisons. Cécile Bart.

Réal. : Nathalie David / 25′/ 2001

Entretien avec Nathalie David

Pourquoi avez-vous choisi de filmer l’artiste Cécile Bart ?
En général, ce sont les artistes ou les musées qui me commandent un film. Dans le cas du film « Les sept saisons », c’est donc Cécile Bart elle-même qui m’a sollicitée. Je connais bien son travail puisque je l’ai assistée il y a quelques années lors de sa résidence à la Villa Arson. Je suis très sensible à sa démarche et j’apprécie beaucoup Cécile humainement. Deux bonnes raisons d’accepter la commande !

« Les sept saisons », ce titre est révélateur d’une année chargée en actualité pour l’artiste. Aviez-vous déjà pensé à ce découpage avant le tournage ou bien l’idée est-elle venue au fil des mois ?
Oui, je savais que c’était une année bien remplie pour Cécile, en événements mais aussi en production. Et cela m’offrait la possibilité de filmer la démarche et l’oeuvre sous différents angles. En cela, je me suis souvenue des variations Goldberg de Bach, le même thème élaboré de différentes manières. La chronologie du film est fixée sur les dates d’exposition. Entre chaque exposition, je montais les images de la précédente, de sorte que les séquences étaient indépendantes les unes des autres avec pour seul lien l’année où elles ont été filmées.
Ce n’est pas la première fois que j’approchais le travail de Cécile. Un an auparavant, j’avais réalisé un montage-son conçu comme un théâtre sonore et présenté dans le cadre du festival de musique acoustique à Bourges. Pour moi, le son est plus complexe que l’image dans sa réalisation. Je ne tiens pas à la voix off didactique, ni aux interviews qui commentent les images ou le travail. Je n’aime pas ce regard du dehors. Plutôt que d’expliquer les choses, je préfère sensibiliser le spectateur pour qu’à la fin du film il ait envie de voir réellement les œuvres.

Vous venez d’évoquer votre intérêt pour le son qui dans ce film occupe effectivement une place prépondérante. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette bande sonore en particulier ?
Le son, par exemple dans la séquence de l’atelier, est un extrait du théâtre sonore intégré tel quel, sans retouches, ni ajustement. Parfois le son colle à l’image, parfois il est décalé. C’est ce rapport image/son qui m’intéresse, comme si dans cet entre-deux un espace se créait pour donner le choix au spectateur soit d’entendre, soit de regarder, ou bien les deux à la fois. J’aime ces différentes possibilités dans le montage. Cela donne un rythme, une musique.
Pour « Les sept saisons », j’ai confié la musique au compositeur Olivier Lucaszczyk que j’avais rencontré au festival de Bourges. Je confie toujours la musique de mes films à des compositeurs. Je lui ai proposé de travailler sur les séquences déjà montées, ce qui lui laissait davantage de temps. Ce que je voulais, c’est qu’il travaille comme un peintre, avec différentes couleurs, différentes textures. Je voulais une musique fine comme le tissage d’un tergal Plein Jour (tissus qu’utilise Cécile Bart pour ses peintures-écran) qui laisse passer la lumière.

A chaque prise, on a l’impression que vous adoptez le regard du spectateur (tel que l’analysent les paroles de Catherine Franblin, critique d’art, et celles de l’artiste restituées dans le film). Quelles étaient votre intention et votre « méthode » pour filmer l’oeuvre de C. Bart ?
Oui c’est vrai, je ne fais jamais de repérage, je rentre directement avec la caméra dans l’univers de l’artiste. Je le découvre comme quelqu’un qui entre pour la première fois dans un espace. Et puis je reviens plusieurs fois pendant de longues heures sur les lieux (salles d’exposition ou atelier) pour filmer à nouveau.
Chez Cécile Bart, le déplacement du spectateur est primordial. C’est son regard qui va transformer et révéler l’oeuvre. Selon sa position, l’écran devient opaque ou transparent. L’œuvre invite ainsi au déplacement. Il fallait donc alterner les plans en mouvement et les plans fixes pour regarder la lumière et l’ombre pénétrer les tableaux.
J’ai choisi l’article de Catherine Franblin dans Art-Press car il est très clair, à la portée de tout le monde et il situe bien le travail de Cécile sur la scène artistique. Citer Art Press, c’était aussi important pour évoquer le rapport artiste / critique qui a toujours existé. Cet article parle aussi de la diffusion, communique sur le travail de l’artiste. Je ne voulais pas que Cécile explique ce qu’elle faisait. Je préférais faire entendre le son de sa voix quand elle répond au téléphone ou quand elle pouffe de rire avec son assistante alors toutes les deux exténuées à la fin du montage d’une exposition, la veille du vernissage. S’attarder sur ces détails « de la vie », c’est atteindre pour moi une certaine intimité qui renseigne sur le personnage Cécile Bart.
Je peux ainsi montrer d’une manière assez discrète Cécile en train de travailler dans son atelier à Marsannay ou de déambuler dans son exposition (à Strasbourg). Cette discrétion, c’est tenter de rendre invisible la caméra afin de glaner les détails justes, ceux qui révèlent la sincérité d’une intention.

En tant que plasticienne, comment abordez-vous l’oeuvre des artistes dans vos films sur l’art ?
Comme une œuvre plastique. Je ne cherche surtout pas à faire comprendre le travail de l’artiste.
Je me sers de ses références, j’analyse sa démarche, la cohérence dans la construction de son travail. A un moment donné, je ne pense plus Cécile Bart, je m’approprie son œuvre, le temps d’un film. Et même si c’est un film sur l’art, ce qui m’importe, c’est de raconter une histoire. Cette histoire-ci commence avec une voix off, la mienne :
D’un automne à l’autre, j’ai visité les différentes expositions de Cécile Bart. Il en est résulté des images puis plus tard un montage que j’ai appelé les sept saisons
Et puis un tableau noir associé au rythme de la musique d’Olivier apparaît sur l’écran, comme les titres de chapitre d’un livre.
Avec la voix d’Annie, les étourneaux de Marsannay, le son des couleurs , les ouvertures, le fils de coton, le saut en hauteur.
Et à l’avant dernière séquence, je conte l’article de Catherine Franblin comme le ferait la voix off sortie d’un film deTruffaut.

Chacun de mes films est différent dans sa manière d’être cadré et d’être monté, car ils sont toujours fidèles au concept de l’œuvre donnée à voir.
Donc c’est à chaque fois un nouveau terrain de recherches, un vrai travail in situ.

:: - 30/05/2012 - sans commentaires -

« L’idée d’honorer le nord »

Vidéopoème dans le sillon de Glenn Gould

Producteur de la bande son : RTBF/Thierry Genicot

Producteur du montage visuel : Yves Bernard @ iMal

Cette émission radiophonique a été diffusée sur RTBF Radio 1 (02/2002) et Radio 3 (07/2002). Une version scénique comprenant cette vidéo a été présentée au Théâtre Poème à Bruxelles le 16/02/2002.

« L’auteur fait largement usage de citations, visuelles et sonores ; le poème est écrit comme un documentaire-fiction à partir d’œuvres qui font office de stimuli : celle de Glenn Gould tout d’abord, dont les textes à propos de son émission The idea of North ont déclenché ce projet – qui s’en écarte totalement. Toutes les citations sont repérables mais font partie de la pâte de l’œuvre. Que soient remerciés ici tous les artistes qui nous ont inspiré. Sans eux ce genre de projet ne saurait voir le jour. » AG

Extraits sur Alain GeronneZ tirés de son livre-catalogue Ex-positions / exhibitions, Bruxelles, Keepsake et les auteurs, Thierry De Duve, Renaud Huberlant, Alain GeronneZ, 1998

« Et pour le voir en entier et en relief, ce portrait en fragments {d’Alain GéronneZ}, il faut avoir comme l’artiste un œil dans le rouge des lunettes anaglyphes et l’autre dans le vert, un œil sur le monde de l’art et l’autre sur le monde tout court, et une oreille dans les deux mondes attentive aux idéologies et aux politiques qui prétendent faire loi. On entend alors l’artiste chuchoter, pudique, qu’à un moment donné il lui est devenu difficile de continuer à considérer l’art comme pur jeu autoréférentiel, « même si l’art seul me fait supporter l’humain ». {… …} Il parle volontiers de peinture, il s’y réfère souvent, il la commente parfois, il se fait du souci pour elle mais il n’en fait pas. Il dit avoir des patiences plus picturales, plus végétales qu’humaines, et déclare en bon écologiste ne pas savoir qui, des plantes ou de la peinture, est menacée de disparaître en premier. Il parle du North comme de la plus picturale de ses expositions – et c’est assurément la plus verte -, mais l’exposition ne contenait que des photos. À coup sûr, là est son plus grand talent : GéronneZ est un superbe photographe. Sa Démission photographique dans les rues de Bruxelles est digne d’un flâneur – mais non baudelairien – animé d’une tendresse cruelle pour sa ville. Chaque époque a ses correspondances, et celles que traque GéronneZ sont toujours formelles avant d’être littéraires et subtilement politiques avant d’être poétiques. L’attention va simultanément aux quatre coins de la surface saisie par son viseur. Le résultat est du meilleur Friedlander qui aurait pris une leçon de simplicité dans les photos d’architecture de Dan Graham. » Extraits de Thierry De Duve, Portrait de l’artiste en anaglyphe

« Si {Alain Géronnez} prend le jouet pour l’œuvre, le grenier pour l’atelier et par conséquent, l’enfance pour l’art {…}, c’est qu’il procède souvent par analogies. Je dirais même qu’il a le don de l’analogie comme d’autres ont celui de double vue, sauf que, chez Alain, cela se nomme « en anaglyphe » c’est-à-dire en relief et nous fait voir l’invisible. {… …} Les analogies d’Alain ne sont jamais simples ni de simples associations ; elles ont toujours du relief, voire même de la perspective car elles portent loin. {…} Voyez ce qu’il fait de la rencontre d’un jardin privé et d’un jardin public, de la confrontation de dix critiques d’art, de la rencontre de Marianne North et de Jef Lambeaux, et comment il part en boucle dans De Gründig aux Grünen, où le symbole de l’infini se répète de planche en planche entre des munsters (le fromage) et des pochettes de disques qu’il appelle « paysages ». » Extraits de Renaud Huberlant, Du paradoxe et de l’analogie

CV Alain GeronneZ

Selected solo-exhibitions

1988 «La modernité», performance, Hôtel Wolfers, Bruxelles 1990 «Paris Bastille… La Modernité en jeu», Galerie Claire Burrus, Paris 1991 «Alain géronneZ – Martine Cloots», Centre d’art contemporain, Bruxelles 1993 «Éditions » Galerie Étienne Tilman, Bruxelles 1994 «Bruxxell’ Puzzle», Antichambres du Palais des Beaux-Arts, Bruxelles; « Photodiscs », Neueraachenerkunstverein, Aachen 1995 « Sylvie Eyberg – Alain géronneZ », Belgisches Haus, Koln; « La vitrine de Stassart », Galerie Etienne Tilman, Bruxelles 1998 « Sylvie Eyberg – Alain géronneZ, Mise en doute n°1», 1200 Brux–Galerie Vincenz Sala, Bruxelles 1999 « Französisches Malerei German Painting Peinture Anglaise», Galerie Guy Ledune, Bruxelles; «Intervalles», Chapelle de Monty, Charneux-Herve; « Juan d’Oultremont – Alain Géronnez. Singe ou perroquet », Centre d’Art Nicolas de Staël, Braine l’Alleud 2000«Monuments erronés », Galerie Guy Ledune, Bruxelles 2001 « Jacqueline Mesmaeker – Alain géronneZ. Sway – Snow », Het Kleine Kunstcentrum van het Zoniënwoud, Groenendael 2004 « Mise en Senne», Comptoir du Nylon, Bruxelles 2005 «Pour les Moineaux Für die Spatzen Strictly for the Birds», & «Héritage de l’Ermitage», CIVA, Bruxelles ; «Alain géronneZ – Pierre Toby », Flemish Library, Ixelles; «Leçon sur le son», La Lettre Volée, Bruxelles; performance, Passaporta, Bruxelles ; Performance, Chapelle de Monty, Herve 2008 « Que je te dépeigne », Le Salon d’art, Bruxelles 2010 « Alain Geronnez & William Sweetlove », Annie Pattyn Gallery, Oostduinkerke; « Slalom », Rossicontemporary, Bruxelles 2011 « Records By Number », Piazza Project Space, Bruxelles; « Corps en mouvement », Wolubilis, Bruxelles

Publications

Paris Bastille la Modernité en Jeu, 1990; Les Erreurs & les Aigreurs, 1991; Expositions/Exhibitions, Keepsake éditions, Bruxelles, 1997; Cahier, 1993; Apollon Musaraigne, Al Mizwète éditeur, Charneux-Herve, 1999; Cornélien & Kafkaïen, 1999 ; Dr.Oxymoron, Brugge 2002; J’irai revoir mon Nord-Midi, 2004; Leçon sur le son / Sounding off about Sound, La lettre volée / iMAL, Bruxelles, 2005

:: - 16/02/2012 - sans commentaires -


Ecrit et dirigé par David Legrand
d’après le livre Excentricité et Humanisme. Parodie, dérision et détournement des codes à la Renaissance de Patricia Eickel-Lojkine et le scénario du film Passion de Jean-Luc Godard.
Tourné à l’école supérieure des Beaux-Arts de Nantes Métropole/ Nantes février 2006, dans la maison-studio de Bruegel-factory, à la librairie ancienne : ‘le bleu fouillis des
mots » / Châteauroux 2007, et sur le plateau de tournage « Climats ouverts » / lieu unique / Estuaire Nantes 2009.

Musique : Matthieu Crimersmois – Rainier Lericolais
Images : Denis Champeau – Anthony Cochet – David Legrand – Akli Merzouki
Décors : David Legrand – Ernesto Sartori
Lumières : Bruno Fradet
Son : Berthine Gerbet – Philippe Zunino
Montage : David Legrand
Effets spéciaux : Isabelle Carlier
Mixage : Simon Gilet
Coordination : Michel Aubry

Personnages
• La voix de l’âne et de Jean-Luc Godard : David Legrand
• La voix du bouffon : Philippe Zunino
• Erasme : Michel Baggi
• Le Peintre : André Breynaert
• Le Maître : Gilles Durand
• Les élèves : Pierre-Charles Bilien
Pauline Jacquelin
Glen Loarer
Akli Merzouki
Ernesto Sartori
Benjamin Thomas

Remerciements : Jean Berger – Michel Weemans

« À la renaissance, l’excentricité, mouvement qui récuse le centre, que manifeste la culture savante des XVe et XVIe siècles : l’invention de dieux ou de déesses
dérisoires chez Alberti (Momus) et chez Érasme (Éloge de la folie); la stylisation parodique chez Rabelais; ainsi qu’au delà de la sphère comique, la distorsion du modèle
dans la poésie amoureuse d’Agrippa d’Aubigné. Le détournement des codes, prisé des humanistes et des poètes baroques, signale leur aptitude au jugement critique et
use d’une rhétorique de la déviance. »
Patricia Eickel-Lojkine, Excentricité et Humanisme. Parodie, dérision et détournement des codes à la Renaissance, Droz, 2002.

« Reconstitution filmique d’un cours humaniste du XVIe siècle… » veut fournir une image actuelle de chacune de ces pratiques excentriques appliquées à notre monde
contemporain. » David Legrand

Quelques réflexions signées Isabelle de Visscher-Lemaître :
IDVL: J’ai apprécié ce film à différentes strates de sens. J’ai bien ri aussi. Il faut un peu s’accrocher mais au fait, tu amènes toujours assez subtilement (et grossièrement d’ailleurs) une revisitation de l’art et de l’artiste dans la société sous le prisme du passé, et sous un angle « humaniste » cette fois. Que tu téléscopes Durer et le cinéma avec Godard (qui est bien moqué aussi), cela peut paraître d’un certain délire. Mais tu restes dans tes classiques, au fond après avoir fait se rencontrer A. Dürer et J. Beuys, Le Corbusier et A. Dürer.
Je pense aux « Dialogues fictifs » que tu as réalisé avec la Galerie du Cartable et la collaboration occasionnelle de Michel Aubry.
C’est du film et de l’art filmique. Il y a sans doute quelques messages à en tirer.
Car cette manière de téléscoper des périodes de façon aussi improbable, n’est pas sans construire du sens.
A divers degrés, sans doute ! Encore faut-il passer outre certaines lourdeurs.
Comment le spectateur se saisit-il du fil conducteur souvent enfoui dans quelques débordements plantureux ou quelques constructions alambiquées ? Du décor bricolé qui étaye l’image mais qui complique le sens, parfois ? Pour l’âne, j’ai pensé à Abramovic (elle a une pièce comme ça avec un âne en face d’elle). Puis de loin en loin, à Mike Kelley avec ton derrière!
DL: Pour l’âne, c’est Bruegel, l’âne à l’école, je n’ai rien inventé : une image du monde renversé et un emblème traditionnel de la révolte des iconoclastes. Merci pour ta critique remarquable !

Filmographie de David Legrand

:: - 17/10/2011 - sans commentaires -

Titre : Les Familles de Marianne Berenhaut
Réalisation : Violaine de Villers
18′, HDV, Coul., 2011, Belgique
Titre : Poupées-poubelles
Réalisation : Violaine de Villers
8′, HDV, Coul., 2010, Belgique

Défaire et refaire
A propos de deux documentaires sur l’art de Violaine de Villers

Texte de Nadine Plateau, parution dans Chronique Féministe N°107,  jan/juin 2011

Avec Poupées-Poubelles et Les Familles de Marianne Berenhaut, Violaine de Villers s’inscrit dans la tradition du film documentaire sur l’art, soit un «genre» cinématographique où, comme le souligne Steven Jacobs , réalisatrices et réalisateurs ne conçoivent pas leur médium comme une loupe, un périscope ou une lunette destinés à faire mieux voir mais revendiquent bien au contraire l’autonomie du film par rapport à l’objet d’art filmé. Qu’elle filme l’exposition de Marianne Berenhaut à l’église Saint Loup de Namur ou l’artiste dans sa maison-atelier, tout est matériau filmique pour la réalisatrice. C’est donc à travers un regard délibérément construit par la caméra et le montage, que nous découvrons une œuvre et une artiste.

Les Poupées-Poubelles, tel est le nom des sculptures exposées, dans les années 70 et 80, seules ou par petits groupes et ainsi nommées à cause de l’agréable sonorité des mots et du procédé de fabrication qui consistait à bourrer des pantys de mille et un rebuts accumulés au fil des jours pour en faire des personnages incontestablement féminins. Pour la première fois, Marianne Berenhaut les rassemblait toutes en une installation unique dont Violaine de Villers nous propose, dans le film du même nom, une lecture toute personnelle. Comment rendre compte de ces Poupées-Poubelles, assises tant bien que mal sur des prie Dieu, étranges fidèles, à la fois intruses et tellement à l’aise dans l’espace de la nef, comment saisir ces paroissiennes insolites à la fois dans leur singularité, chacune ayant sa vie propre, et dans leur appartenance à une communauté? Eh bien, tout simplement, semble dire la réalisatrice, en nous emmenant faire un tour au pays des Poupées: nous y entrons, nous l’explorons, nous en sortons mais ce n’est pas notre œil, c’est le sien qui nous accroche et nous guide. … suite >>

:: - 06/07/2011 - 1 commentaire -

 

 

Titre : The Ballad of Genesis & Lady Jay, réal. : Marie Losier, Prod. : Marie Losier, Steve Holmgren, 72’, USA/France, 2011

Ecrivain, performer, musicien, l’artiste britannique Genesis Breyer P-Orridge (1950-) est une figure singulière du mouvement punk rock underground. COUM Transmissions, son premier groupe fondé à la fin des années 60 puis renommé dix ans plus tard Throbbling Gristle (et considéré comme précurseur de la musique industrielle), donne d’emblée le ton de sa démarche, soit le croisement systématique de la musique électronique et de la performance artistique. Avec Psychic TV et plus récemment Thee Majesty, ses recherches musicales connaissent un certain succès public. En matière littéraire, proche de l’artiste Beat Generation Brion Gysin, Genesis forge son style (et sa diffusion sur scène) sur la technique du cut-up et des « poèmes permutés », une production qu’il continue encore aujourd’hui à mettre en scène avec des poètes performer tels que Tony Conrad.

Depuis sa rencontre en 2000 avec Lady Jay, sa compagne et collaboratrice sur Psychic TV, Genesis ouvre son art à une dimension biologique dans le cadre d’unprojet intitulé « Create the pandrogyne ». « L’idée n’est pas d’être jumeaux, mais d’être deux parties d’un nouvel être, un être pandrogyne qui s’appellerait Genesis Breyer P-Orridge. » Voici comment l’artiste performer Genesis P-Orridge définit cette expérimentation corporelle. Avant tout un acte d’amour, la pandrogynie soude dans son processus la fusion du couple au sein d’une seule entité. C’est de ce phénomène transgenre que vient rendre compte le film de Marie Losier.

Interview de Marie Losier
 
Comment vous est venue l’idée de ce film ?
C’est dans un concert, il y a sept ans (en 2004) à New York, que j’ai entendu pour la première fois la voix de Genesis. Après deux premières parties assez médiocres, la performance de Genesis qui concluait la soirée fut une formidable surprise. La musique, la poésie des textes, la voix, tout dans cette performance me bouleversait. Je me sentais vivre un moment essentiel. Dès le lendemain, le hasard (un miracle comme seul NYC sait en produire !) nous a réuni dans une petite galerie de Soho lors d’un vernissage. J’échangeai avec lui quelques propos sur mon travail, mes réalisations de films expérimentaux, mon activité de films à l’Alliance Française à NY. Et le lendemain, Genesis m’invita chez lui et sa compagne Lady Jay. À l’issue de cette rencontre, cette dernière m’a dit de but en blanc que j’étais la personne qu’ils cherchaient pour filmer leur histoire.

Qu’est ce qui leur plaisait chez vous et qu’entendaient-ils par « filmer leur histoire » ?
 Ma façon de travailler leur plaisait. Je filme toujours en 16 mm et sans son synchrone. Avec des bobines de trois minutes, je n’ai pas vraiment droit à l’erreur, d’où ces captations directes, spontanées et sans trop de repentirs. Il s’est avéré très vite que « filmer leur histoire », ça voulait dire filmer une histoire d’amour. En tout cas aujourd’hui, c’est devenu le fils conducteur du film qui a pris ce travers intimiste (et c’est ce que les deux protagonistes voulaient) grâce à nos liens d’amitiés. Pendant sept ans, j’ai interviewé les proches, compulsé les archives, suivi le groupe en tournée. Au final, je me suis retrouvée avec une abondance d’images tout à fait infernale. Mais comme je décidai tout à coup, de façon assez radicale, de ne pas me servir des témoignages enregistrés, la sélection des images se simplifia. Je voulais en effet, à tout prix, éviter le documentaire biographique.

La vision du documentaire convoque à une lecture à différents niveaux : celui de la culture rock underground des 30 dernières années, celui du projet de « pandrogynie » qui fut le leur et celui de l’histoire d’amour pure et simple. Qu’est-ce que ce film cherche alors à véhiculer ?
 Je dirais que c’est un tout qui passe par la relation amoureuse. La performance, l’écriture, la musique : tout est partie liée avec ce projet de « pandrogynie », à savoir la création d’un être qui ne connaît pas la barrière des genres (masculin/féminin). C’est donc une histoire qui doit traverser tous les âges et s’adresser à tous les publics, d’où un important travail d’ajustement sur le plan technique. Je ne voulais pas que ce film reste cantonné au champ du cinéma expérimental. Pour le montage, j’ai procédé par assemblage d’images amateurs, d’images d’archives et de mises en scène surréalistes. Le tout a été ensuite transféré en HD et le son travaillé séparément. Cette volonté de décaler très souvent les deux sources image/son participe d’une vision personnelle du film. En ce sens, The ballad ne diffère pas tellement de mes autres films.
 
A propos de votre filmographie, plusieurs films sur des artistes y figurent.
 Mon premier portrait d’artiste filmé concerne Richard Forman, dramaturge et metteur en scène américain. Dans ce film, j’ai aussi effectué un important travail de collage des images et du son. J’ai même poussé assez loin cette recherche puisque chaque cadrage était fait selon un son. Ensuite, j’ai réalisé un film sur le réalisateur Guy Maddin, sur les cinéastes George et Mik Kuchar. Plus récemment, j’ai filmé le réalisateur et compositeur Tony Conrad (le film sort très prochainement). Mais là, il s’agit davantage de filmer des performances dans le sens où je capte des séances de lectures données sur scène ou dans des lieux privés.

Site du film

Site de Marie Losier

:: - 05/05/2011 - sans commentaires -