Bibliothèque publique, de Clément Abbey,
CVB – Centre vidéo de Bruxelles et TS Productions, 50 min., Belgique, 2021 – Mention spéciale du jury au Doc Festival Lisbonne, 2021La BPI, Bibliothèque publique d’information, est un projet qui remonte aux années 1960 et qui verra le jour en 1977 lors de l’ouverture du Centre Pompidou auquel elle est accolée. Ce lieu qui accueille tous les publics et offre un accès libre à la littérature, la musique, l’audiovisuel, la presse ou toute documentation générale, Clément Abbey va l’explorer avec sa caméra, y rencontrer tant des étudiants inspirés, des amateurs éclairés que des solitaires endurcis, des habitués désœuvrés, des artistes enfiévrés, telle une foule bigarrée.Comme Frederick Wiseman l’a fait avec
The New York Library (2017), Clément Abbey va arpenter les couloirs, les tables, les bureaux avec ordinateur ou crayon-papier, voire les pianos électriques et autres bornes sonores avec casques sur la tête, de ce lieu quasi sacré où l’on chuchote, où l’on vient à pas feutrés, en personne privée ayant franchi le seuil d’un espace public avec «
cet élan vers l’autre, vécu seul au milieu de tous. Car je pressentais chez beaucoup, nous dit Clément Abbey, une tension entre de fortes émotions privées, d’une part, et l’environnement public dans lequel elles étaient vécues, d’autre part. Au fil des rencontres, nous avons approché chez chacun une parcelle de sacré et d’intime au sein de cet espace profane et anonyme. » Là, en s’appropriant l’une ou l’autre des milliers de ressources culturelles à leur disposition, chacun
« habite » la bibliothèque à sa façon. Et chacun partage avec nous sa manière d’être habité par un texte, une musique ou une vidéo. Espace public pour extases privées, la bibliothèque devient le temple d’une communauté insoupçonnée.Dans la revue Lecture-Culture (n°23, mai-juin 2021), Philippe Delvosalle publie un article critique sur le film dont nous retenons ces extraits et que vous pouvez consultez en entier en cliquant
ici :
Une femme qui rêve de partir s’installer en Italie et est venue consulter des cours d’italien parle au cinéaste de sa découverte de chanteurs d’opéra baroque (« Et là, ça a été comme un monde de confettis, ça a été génial ! »), son visage s’illumine quand elle réécoute la musique dans ses écouteurs, elle chantonne à voix basse, ses mains s’animent et battent la mesure, elle se mue en chef d’orchestre. Un homme envoie par courrier électronique un de ses propres morceaux à une femme qu’il a rencontrée la veille au soir. Un pianiste classique de passage à Paris vient y jouer Beethoven et Bach au casque, sur un des deux pianos de la bibliothèque. Dans un tout autre registre, plus étonnant, une vieille femme écoute sur YouTube « La Chanson du pyro-barbare » de Bob Lennon. (…) Un jeune homme, supporteur du Cercle dijonnais, amateur du ballon rond habitué à la défaite, qui utilise un ordinateur de la bibliothèque pour taper le manuscrit de son roman sur le foot regrette que ce sport soit « exclu de la pensée » : « Soit c’est du résultat, soit c’est du néant. Alors que c’est autre chose : de la joie, des couleurs, manger un sandwich. Des choses qu’on peut retrouver ailleurs, mais pas aussi horizontales. »
Avec ce film d’auteur dont SensoProjekt organise la
première française, nous donnons à partager ce qui est à la source de l’esprit créatif : la lecture, l’écoute et le temps d’une pose qui génèrent l’inspiration.
Clément Abbey est un réalisateur français basé à Bruxelles. Il a fait ses études de cinéma à l’IAD – Institut des Arts de Diffusion (Louvain-la-Neuve). Il a consacré 30 jours au tournage de ce film à la BPI – qui vient d’être sélectionné par le Festival de Gottingen –
German International Ethnographic Film Festival