OUTHERE (for Lee Lozano) & Communicating Vessels – 13 septembre 2022 – Au 100ECS à Paris – 20h

OUTHERE (for Lee Lozano), de Maïder Fortuné et Annie MacDonell, anglais, VOSTF, 36 min., Canada, France, 2021 & Communicating Vessels, (Vases communiquants) de Maïder Fortuné et Annie MacDonell, anglais, VOSTF, 35 min., Canada, 2019.

Avant OUTHERE (for Lee Lozano), Fortuné et MacDonell ont réalisé Communicating Vessels. Il s’agit d’une fiction. Le récit d’une artiste et professeure d’école d’art raconte comment la rencontre avec une élève, particulièrement talentueuse et singulière, désignée par l’initiale E., a bouleversé sa vie. Cette fiction nourrie des expériences des deux artistes-autrices, Maïder Fortune et Annie MacDonell, multiplie les effets de miroir entre la figure de E. et la narratrice. Elle réactive également des performances emblématiques de Joan Jonas, Lygia Clark et Dennis Oppenheim et restituent ainsi l’esprit d’une époque d’expérimentation radicale en art agissant tel « un nettoyage des portes de la perception ». (Aldous Huxley, The Doors of Perception, 1954). 

Communicating Vessels et OUTHERE (For Lee Lozano) inscrivent au cœur de leur réflexion des questions relatives à l’identité et à la transmission – ou à cette coexistence entre le passé et le présent. On peut s’interroger sur ce qui dans le second film relève de l’hommage et de la nécessité de coller à une grande figure de l’art, et de ce qui ressemble à un élan pris à partir de celle qui est source d’inspiration et modèle de liberté. On semble partir à la recherche de Lee Lozano et on l’oublie peu à peu pour s’ouvrir à son monde. Un détail n’est peut-être pas anodin : Lee Lozano, sa grande rupture accomplie, choisit de se faire appeler E., dénomination précise de l’élève qui bouleverse sa professeure ou figure déjà pétrie de l’égérie Lozano dans le premier de ces deux films. L’approche globale choisie par Annie MacDonell et Maïder Fortuné vise moins à lever un coin du mystère qu’à se laisser prendre par le trouble et à nous y entraîner. Signé par deux réalisatrices, artistes et enseignantes, ces deux films sont deux vibrants hommages à une époque de l’art à travers quelques figures marquantes, et une façon de leur faire écho ou, qui sait, de prendre le relais. En 2020, Communicating Vessels a remporté le Prix du court-métrage Ammodo Tiger à l’International Film Festival de Rotterdam (IFFR).

Au sujet du film OUTHERE (for Lee Lozano), il faut savoir que l’artiste conceptuelle et peintre, Lee Lozano (1930-1999) est aujourd’hui devenue une légende autant pour la puissance et le caractère intrigant de ses tableaux et de ses œuvres sur le langage que par son abandon de l’art au début des années soixante-dix, et sa décision de boycotter le monde artistique. Dévoilée pour bon nombre lors de la Documenta 12 à Kassel (2007), elle n’a cessé d’ébahir au point d’être devenue l’objet d’un culte et d’une certaine façon, sa carrière qu’elle arrête en 1971, ne fait dès lors que commencer ! Ses écrits recueillis dans des carnets (pour la plupart réédités en fac-similés) comptent autant que ses tableaux et œuvres conceptuelles. Lozano fut, entre autres choses, une féministe paradoxale, qui choisit un jour de ne plus adresser la parole aux femmes afin d’occuper la place du pouvoir masculin et, après avoir quitté le monde artistique, elle renoncera à toute existence sociale. 

OUTHERE (for Lee Lozano) est un film en partie enquête et en partie création pour lequel les artistes-réalisatrices inventent une méthode de travail à partir d’un matériau documentaire restreint : l’enregistrement audio d’un cours professé par Lozano en différents états (sobre, sous marijuana, sous acide), une poignée de photographies, de pages extraites de ses carnets, et même de son thème astral, ainsi que tout un travail de comparaison entre la transcription de la bande enregistrée et les carnets de l’artiste. L’écran de cinéma qui croise celui de l’ordinateur, semble brouiller les frontières entre le documentaire et la fiction, avec notamment une performance créée ou recréée dans un noir et blanc qui lui donne un faux air d’archive. En préambule, Maïder Fortuné et Annie MacDonell se comparent au Docteur Frankenstein en cela qu’elles s’attachent à produire de nouvelles formes à partir de vieilles, réveillent cette importante figure et traduisent leur enquête en un acte de réanimation et de création. 

Maïder Fortuné (Toulouse, 1973) a étudié la littérature et le théâtre avant de se former au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Elle a développé une pratique de l’image numérique directement liée à la performance. Son travail est depuis quelques années plus directement tourné vers la narration. Annie MacDonell (Canada, +- 1976) est artiste et cinéaste, le cinéma ayant aujourd’hui pris le pas sur la sculpture, l’écriture et la performance. Ses films sont nourris d’une approche féministe de la politique comme pratique quotidienne. 

Cette soirée se déroulera en présence de l’artiste et réalisatrice Maïder Fortuné qui sera avec nous pour situer ces deux films et compléter l’énigme de ces réminiscences d’artistes ainsi que permettre aux spectateur.trice.s de se joindre à la conversation dans un échange mené par Patrick Javault.

Communicating Vessels comme OUTHERE (for Lee Lozano)  sont également bien documentés sur le site du FID.