KHAMSIN, de Grégoire Couvert et Grégoire Orio, Stank production, anglais, français, VOSTF, 65 min., France, 2019 – ETOILE de la SCAM 2021.
Le contexte du film Khamsin, c’est le Liban et les traces de la guerre civile partant des ruines antiques de Baalbek pour aboutir aux immeubles modernes en décomposition de Beyrouth et traversant le studio d’enregistrement de Tunefork à Bourj-Hammoud. Car son noyau central, c’est la musique d’un collectif libanais qui mixe musique rock et expérimentale avec une ambition créative ouvrant le champ à des espaces de liberté dans cette société brutale aux rêves enlisés. En amont et moteur de cet essai filmique, il y a le fameux groupe de musique post-rock Oiseaux-Tempête qui ambitionnait d’enregistrer son 3ème album Al-‘An au Liban. Ses deux fondateurs Frédéric Oberland et Stéphane Pigneul font donc partie du casting avec des musiciens locaux comme Charbel Haber, Maarouf El Assaad, G.W. Sok et d’autres pour tisser une mosaïque sonore où l’expérience d’un territoire déchiré se projette dans la musique et les mots.
Le duo de réalisateurs Grégoire Orio et Grégoire Couvert s’attèle à suivre les musiciens de 2016 à 2018 équipé d’un camescope HI8. Ceci donne à l’image une texture sablonneuse non sans analogie avec le titre du film Khamsin, désignant en arabe, un vent chaud et poussiéreux venant du désert d’Egypte et traversant Israël et les Territoires palestiniens.
Si ce film relève d’une réelle intrication entre le politique (un état sous corruption massive et en totale déliquescence) et le poétique (avec les mots du poète palestinien Mahmoud Darwich), il documente aussi cette scène rock-noise, bruitiste de Beyrouth qui robuste et résistante, alimente le désir « d’une vie pour nous ».
Avec SensoProjekt qui aime inclure à sa programmation de film sur l’art essentiellement tournés vers les arts plastiques, une programmation sonore et musicale, Khamsin est apparu comme un souffle magnétique et subjuguant. A cette occasion, nous invitons la musicienne expérimentale, compositrice et musicologue originaire de Beyrouth Youmna Saba, qui mènera le débat.
Outre l’Etoile de la Scam , ce film a aussi reçu le Prix spécial du jury au Torino Film Festival à Turin, et le Prix du public au F.A.M.E (Festival international de films sur la musique) à Paris.
This project KHAMSIN was born from our encounter with the French experimental rock band Oiseaux-Tempête, and their will to record their third album in Lebanon in collaboration with musicians from the experimental Beirut scene.
Beyond the desire to understand and document the phenomenon of a musical encounter, as obvious as it is elusive, the desire to shoot this film in Beirut was a way for us to explore a creative context made of multiple layers, binding politics to the individual.
An entanglement of layers has emerged from a collective history to a multitude of individual stories. The musical act we have been confronted to is not dissociable from a context that is as heavy as it is unpredictable, leaving its marks and cracks in the very place where it unfolds.
Grégoire Couvert (Paris) est vidéaste et photographe. Après des études de cinéma et un master de photographie, il commence à travailler en tant que réalisateur, notamment dans le cadre de vidéoclips. En parallèle, il collabore régulièrement avec des architectes en tant que photographe. Il entame par la suite une longue collaboration avec les musiciens du groupe Oiseaux-Tempête et de Mondkopf – qui donnera lieu à cette aventure au Liban.
Suite au premier voyage, il rencontre les producteurs et réalisateurs de Stank, et ces derniers décident de produire ce qui deviendra le documentaire Khamsin, co-réalisé avec le cinéaste Grégoire Orio.
Grégoire Orio (Paris) travaille en partie avec le collectif As Human Pattern, aux côtés de Grégoire Couvert. Après des études d’anglais (Université Rabelais de Tours), ainsi que de cinéma à l’ESRA (Ecole supérieure de réalisation et d’audiovisuel) dans la section image, il a concentré son travail pendant plusieurs années sur la relation entre image et son à travers des créations visuelles allant du documentaire à la scénographie d’artistes indépendants, en passant par la mise en scène de performances artistiques contemporaines. (tiré de TENK)
Youmna Saba (Beyrouth, 1984, vit à Paris) joue du oud, instrument à cordes traditionnel arabe tout en menant une recherche entre la musique électro-acoustique et le chant arabe. Elle compose, se produit en solo et collabore à différentes productions en concert, en réalisation de film et en performances. Diplômée de musicologie à l’Université Antonine au Liban, elle a participé à de nombreux festivals (CTM Berlin, Musikinstitut Darmstadt, invitée par Tarek Ataoui à la Bourse du commerce, Paris…). Elle a dernièrement été la première lauréate du concours organisé par le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac pour une Résidence d’artiste sonore (2022-2024).

